samedi 5 septembre 2015

5 septembre – St-Chély d’Aubrac à Lestrade (7 km)

Nous avons prévu une demi-journée de vacances aujourd’hui.  Nous nous levons plus tard, nous prenons notre temps pour déjeuner, je vous envoie le blogue de la veille, puis nous allons nous promener dans le charmant village de St-Chély d’Aubrac.  En une heure, nous avons exploré toutes les petites rues en suivant le parcours « chemin de découvertes » et apprenons beaucoup sur l’histoire de ce village. C’est l’avantage de prendre le temps de nous arrêter au lieu de toujours marcher. 

La vue de notre terrasse sur les maisons voisines

L'église de St-Chély invite à la dévotion
Près de la rivière, l'ancien moulin rénové 
Au restaurant du Relais St-Jacques, nous sommes les seuls clients à manger ce midi avec Karine, sa fille et ses parents.  Tous les autres marcheurs ont quitté vers 8h00 ce matin. Karine nous sert un potage aux légumes, puis une blanquette de veau avec des nouilles aux œufs. Tout est délicieux. Vers 13h00 nous leur faisons nos adieux et quittons le village pour nous rendre au hameau Lestrade que nous atteindrons en milieu d’après-midi.  

Le pont des pèlerins sur la Boralde

St-Chély d'Aubrac dans son écrin de verdure

Adieu St-Chély!
Pendant les 2 premiers kilomètres, nous montons continuellement jusqu’au hameau Les Cambrassats qui est vite passé, puis nous entamons une descente de 100 mètres sur 5 kilomètres jusqu’à Lestrade. Ce n’est pas un parcours exigeant et c’est pourquoi je porte mon sac à dos au lieu de le faire transporter.  Il est quand même pesant et je marche lentement. Je m’ennuie déjà de la Malle Postale. 

Une forêt de hêtres qui ressemble à chez nous

Des vaches qui connaissent le partage
Le gîte de Lestrade est tout neuf; il est situé dans une vielle maison rénové et a ouvert ses portes en avril dernier.  La propriétaire a mis beaucoup de soins pour répondre aux besoins des pèlerins et des randonneurs.   C’est un gîte que nous recommandons sans hésitation. Nous sommes 4 pèlerins à y loger aujourd’hui; comme en famille.

Le gîte Lestrade
Notre chambre a 4 lits

Betty prépare notre souper

4 septembre – Nasbinals à St-Chély d’Aubrac (17 km)

Le temps est frais ce matin, à peine 5℃, mais le soleil brille dans le ciel.  Nous quittons Nasbinals à 8h45 par un sentier qui monte vers les pâturages. Les pèlerins et randonneurs se rejoignent et traversent les barrières en s’entraidant.  Nous nous arrêtons pour jaser avec les uns et les autres, retrouvant souvent des marcheurs rencontrés au fil des jours. A travers champs, nous montons jusqu’à 1415 mètres d’altitude, jusqu’au village d’Aubrac.  

Les pâturages d'Aubrac

Les pèlerins se rencontrent

Attention! il ne faut pas que les vaches s'enfuient

Le point le plus haut, à 1415 mètres d'altitude
Nous arrivons à Aubrac vers midi et retrouvons plusieurs amis pèlerins attablés à l’extérieur au restaurant « Chez Germaine », tout sourire aux lèvres, dégustant d’immenses pointes de tarte aux fruits.  Au menu, Adrienne, la fille de Germaine, nous offre entre autres un potage aux légumes, une soupe au fromage, de la salade et 3 sortes de tartes qui sont présentées sur une table à l’entrée.  Comment résister ! Enfin nous allons nous régaler ce midi.  Finis les noix, fruits secs et eau en mi-journée. 

Au loin, le village d'Aubrac
Merveilleux restaurant à Aubrac
Les pèlerins sont heureux chez Germaine

Un savoureux potage aux légumes pour nous deux
Après Aubrac, débute la descente de 600 mètres vers St-Chély d’Aubrac, en douceur au début, puis par sentier de pierres par la suite.  Nous nous inquiétons pour notre ami hollandais qui marche avec son épouse.  Celui-ci a subi un AVC il y a 8 ans et est maintenant partiellement paralysé du côté gauche. Il porte une prothèse à la jambe et Serge l’a aidé à quelques reprises pour traverser les barrières en escabeau. Il y a de ces gens qui nous inspirent par leur courage et leur détermination.  


Au loin, le Chemin qui descend en douceur
Le temps se réchauffe et le sentier est agréable 
Le sentier devient plus difficile sur quelques kilomètres
Nous arrivons à St-Chély d’Aubrac à 15h30 et nous nous installons au Relais St-Jacques qui offre la demi-pension. Notre chambre est agréable et les lits bien invitants. Après la douche, une petite sieste pour reposer nos corps fatigués s’impose.  Nous visiterons le village demain matin.  La propriétaire est une jeune femme souriante et pleine d’énergie.    Ses parents l’aident à la cuisine et à la réception, tandis que sa petite fille de 4 ans, Romane, divertit les clients à l’heure du souper.  Avec son crayon feutre, elle met du « vernis à ongles » sur les doigts des hommes seulement; elle jase sans arrêt et nous fait bien rire. 

Au loin, St-Chély d'Aubrac

Mon ami le pèlerin d'antan

jeudi 3 septembre 2015

3 septembre – Pratviala à Nasbinals ( 17,5 km)

À 9h00, après un bon déjeuner, nous faisons nos adieux aux deux Corinne, aux quatre chats et aux deux lapins de la maisonnée. Je connais des petites filles qui auraient eu énormément de plaisir à jouer avec les chats et les lapins.   

Corinne l'amie et Corinne la propriétaire
Les lapins de Corinne
Nous prenons le raccourci que nous a conseillé Corinne, la propriétaire de la chambre d’hôtes, pour rejoindre le GR-65.  Le temps est frais, à peine 9℃, et le ciel est gris, présageant de la pluie au cours de la journée. Nous sommes présentement dans l’Aubrac, à 1200 mètres d’altitude.  Les chevaux et les vaches dans les pâturages viennent nous voir, espérant quelques gâteries.  Pas de chance, nous n'en avons pas.  

Photo pour Maya et Camille

Cette photo est pour Chloé
Aujourd’hui nous marchons d’un pas non pressé et nous nous arrêtons souvent pour admirer le paysage. Il n’y a que 13,5 km entre Pratviala et Nasbinals.  A l’entrée du hameau de Finieyrols, nous nous arrêtons à la stèle de Louis Dalle pour en apprendre plus sur ce personnage.  Il est né dans ce hameau en 1922. Durant la seconde guerre mondiale, il a vécu l’enfer du camp de concentration nazi de Buchenwald : il n’en survit que par miracle et s’est distingué par son don de lui auprès de ses frères de souffrance. A partir de 1947, il consacra sa vie à défendre le peuple andin, au Pérou.  Au cours des dix dernières années de sa vie, il fut évêque d’Ayaviri, le diocèse le plus haut du monde, à 4000 m d’altitude. Il est décédé en 1982.  

La stèle de Louis Dalle, natif de Finieyrols
Une pluie fine débute et nous mettons nos imperméables.  Au bout de 5 minutes, c’est terminé et nous rangeons les imperméables. Après 2h30 de marche, nous arrivons Rieutort d’Aubrac et nous nous arrêtons au gîte l’Ange Gardien pour prendre des breuvages chauds.  Comme nous l’avait dit Corinne à la Borieta del Prat, les gens de l’Aubrac parlent souvent d’un ton bourru. Ça décrit bien la propriétaire qui nous ramène à l’ordre pour la disposition de nos sacs à dos, nos bâtons et nos imperméables.  


Le temps est à la pluie

Un petit hameau tranquille
 A la sortie de Rieutort, nous voyons 4 femmes dans un sentier de terre à notre droite, nous empruntons ce sentier, dépassons les dames qui faisaient une pause pipi, puis continuons pendant quelques kilomètres.  Nous arrivons à un embranchement de 2 sentiers; lequel suivre? Il n’y a aucune indication.  Nous continuons sur le plus large et arrivons à une sablière.  Étrange, c’est indiqué « danger ». Pourquoi le GR-65 nous fait-il passer par un endroit semblable.  Nous arrivons à une route en ciment. Nous réalisons finalement que nous n’avons pas vu le signe du GR-65 depuis un bon bout de temps.  Nous décidons de rebrousser chemin.  Au croisement des 2 sentiers, je prends l’autre sentier et réalise qu’il n’y a toujours pas d’indication du GR-65. Je rejoins Serge et nous décidons alors de revenir à Rieutort jusqu’à ce que nous retrouvions le signe du GR-65.  C’est en arrivant à la route goudronnée que nous l’apercevons. Il fallait continuer sur la route D-900 et ne pas prendre le sentier de terre où les dames faisaient pipi.  Cette erreur de parcours nous a pris 1 heure 15 minutes et a ajouté 4 km à notre marche de la journée.

Nous marchons pendant 3 km sur la D-900 jusqu’au pont de Marchastel. De là, nous montons dans un sentier qui nous conduit jusqu’à Montgros.  

Le pont de Marchastel


Un hameau dont nous nous souviendrons longtemps
Il est maintenant 14h00 et nous avons vraiment faim. Nous apercevons la chambre d’hôte « La Maison de Rosalie » qui annonce un restaurant.  Nous entrons et demandons si nous pouvons manger. Le propriétaire nous répond qu’il ne sert pas de repas le midi, seulement des breuvages.  En se dirigeant vers la sortie, nous apercevons des tables de pique-nique à l’extérieur.  Nous nous assoyons pour nous reposer et manger les noix et fruits séchés que nous avons dans notre sac à dos.  La propriétaire sort à l’extérieur et nous dit que nous ne pouvons pas pique-niquer là et nous demande de partir.  Nous n’en revenons pas de son manque de compassion.

Nous arrivons finalement à Nasbinals à 15h00.   Le propriétaire de l’Hôtel de France nous accueille avec gentillesse, mais il ne sert que des breuvages dans son bar.  Après avoir déposé nos sacs, nous nous rendons au bar de la mairie et pouvons enfin nous mettre quelque chose sous la dent.  Il est 16h00.    

Dans les rues de Nasbinals

A Nasbinals, l'église romane date du 14e siècle
Ce soir, nous nous gâtons et allons souper au restaurant « les Sentiers de l’Aubrac » près de l’hôtel.  A 9h30, nous sommes au lit. 

mercredi 2 septembre 2015

2 septembre – Aumont-Aubrac à Pratviala (14 km)

Nous disons au revoir à nos amis Chris et Michelle qui prennent le train ce matin pour aller reconduire leur fils Tommy à Clermont-Ferrand d’où il prendra le train pour revenir sur Paris et ensuite l’avion pour revenir à la maison dans la région du Lac Champlain.  Il recommence l’école la semaine prochaine. Chris et Michelle reviendront ensuite poursuivre leur marche sur le Chemin.

Nous partons à 8h30 après un arrêt à la boulangerie pour acheter une baguette garnie ainsi que des brioches aux raisins.  Nous ne prenons plus de chance avec les promesses de restaurant ou de bar sur le Chemin. 

Arrêt à la boulangerie à Aumont-Aubrac
Le temps est frais mais ensoleillé nécessitant un coupe-vent ou un chandail en polaire. A la fin du village, nous apercevons l’homme le plus populaire sur le Chemin, le chauffeur de la Malle Postale.  Je jette un coup d’œil dans sa camionnette et je vois mon sac à dos bien installé en compagnie de ses semblables. 

La camionnette de la Malle Postale qui transporte mon sac à dos
A La Chazes de Peyre, nous rencontrons une jeune et très grande suédoise portant un sac à dos rempli d’équipement de camping.  Nous l’avions vue quelques kilomètres plus tôt dans le champ de vaches en train de défaire sa tente. Elle se rend à Santiago de Compostelle qui est à 1600 km du Puy-en-Velay.  Elle nous raconte que c’est à son réveil qu’elle a aperçu les vaches près de sa tente.  

Un pèlerin a laissé ses bottes au pied de la croix

Nous arrivons à La Chaze de-Peyre

Serge avec la jolie suédoise
Un peu plus loin, nous nous arrêtons pour jaser avec Aimé, un jeunot de 91 ans, qui prend sa marche matinale.  Il nous raconte qu’il est revenu vivre au village avec sa femme à sa retraite, après avoir travaillé pendant plusieurs années à Paris.  Ils sont heureux ici et leur petit-fils, qui habite par très loin, veille sur eux.

Un jeunot de 91 ans rencontré sur le Chemin
A Les Quatre Chemins, nous trouvons le petit restaurant Chez Régine qui est ouvert, c’est un miracle. Déjà plusieurs pèlerins sont attablés.  Nous commandons du café pour boire avec nos baguettes.  Le café n’était pas très bon mais Régine mérite de l’encouragement pour rester ouvert.  Nous jasons avec un couple de Hollande qui nous disent qu’il y a plusieurs sentiers de randonnée dans leur pays.  Une autre idée germe dans nos esprits.  


Quelques kilomètres plus loin, nous laissons le GR 65 pour prendre la variante qui nous mène jusqu’à Pratviala.  C’est dans ce hameau que nous avons choisi de passer la nuit.  Le sentier qui nous y conduit est étroit et bordé d’herbes folles qui doivent faire le bonheur des vaches. 

En chemin pour Pratviala

L'heure de la sieste pour ces dames
Aucune affiche n’indique où se trouve le gîte « La Borieta del Prat ».  Une chance que le hameau est petit et n’a que deux rues; nous le trouvons par hasard.  10 personnes et 300 vaches vivent dans ce hameau.  Nous logeons dans une maison construite en 1723 et notre chambre est située dans le grenier aménagé; c’est charmant. Nous aurions pu marcher plus longtemps aujourd’hui mais il n’y avait plus de chambres disponibles dans le prochain village sur le GR 65.  Nous soupons en compagnie de nos hôtes ainsi qu’avec un couple de leurs amis qui logent dans la yourte adjacente à leur maison. Corinne nous sert un délicieux rôti de porc avec confit d'oignons et pommes de terre rôtis au four. Nous passons une agréable soirée.

La maison la Borieta del Prat datant de 1723

Notre chambre dans le grenier

1er septembre – St-Alban sur Limagnole à Aumont-Aubrac (14,5 km)

Nous faisons nos adieux à Alain des Drailles de la Margeride à 8h45.  Véronique n’est pas là car elle enseigne et c’est aujourd’hui le premier jour de classe des élèves.  Pour déjeuner, Alain nous offre du pouding au pain avec des raisins et des pruneaux et du yogourt maison.  C’est loin du pain baguette et des confitures qu’on nous sert habituellement.

Il a plu une partie de la nuit et les nuages sont menaçants ce matin. La température aujourd’hui oscillera entre 15 et 17℃. Nos imperméables sont sur le dessus de nos sacs à dos, prêts à être sortis aux premières gouttes d’eau.  Nous manquons l’indication du GR65 et marchons sur la route principale jusqu’au terrain de camping.  Un peu plus loin nous rejoignons le sentier de transhumance et retrouvons enfin le GR65.

Sur les terres de l’Aubrac, le rite ancestral de la transhumance (migration du bétail de la plaine vers la montagne ou de la montagne vers la plaine) est toujours vivace. A la St-Urbain (23 mai), les troupeaux quittent la vallée pour les pâturages.  Ils y restent durant les mois d’été pour se gaver de luzerne, de fenouil, de salsifis sauvage et de gentiane, imprégnant le lait et fromage de subtiles odeurs. Enfin, le 13 octobre, jour de la St-Géraud, les bêtes rejoignent leurs quartiers d’hiver.  Un bruyant et joyeux rassemblement signale la montée et la descente des troupeaux et on ressort fréquemment les costumes d’antan. 

Sentier de transhumance
Un autre sentier de transhumance
 En montant dans le sentier qui devient de plus en plus étroit et rocailleux, nous apercevons un camping-car (VR, pour nous) coincé entre les pierres et les roches dans une descente.  Trois jeunes filles et un garçon s’affairent autour. Nous nous demandons comment ils ont bien pu faire pour se retrouver là et surtout comment ils vont en sortir.  Il semblerait qu’ils aient pris le chemin de terre qui débute plus haut et ont continué à avancer malgré les obstacles quasi infranchissables à nos yeux.  

Un camping-car en difficulté
Nous traversons les hameaux de Chabannes et les Estrets qui sont situés à 3,5 km de distance de chacun et qui sont bien calmes ce matin. Il n’y a pas de casse-croûte, ni de toilettes.  Nous rencontrons des chevaux, des moutons et une dame âgée, assisse sur sa galerie, qui nous salue. 



A Chabannes

A Chabannes
Les sentiers de transhumance sont bordés de chaque côté de clôture de fils de fer pour garder les troupeaux bien en rang.  Cela a pour inconvénient qu’il est presqu’impossible de trouver un endroit pour faire pipi et j’ai vraiment envie.  J’aperçois un élargissement du sentier et un chemin où les véhicules de ferme peuvent passer.  Je m’accroupis sans honte à cet endroit et je me soulage.  J’ai bien perdu 2 livres (1 kg). 

A différents endroits nous voyons annoncer « Les Granges de Bigose » où l’on peut acheter des sandwiches et des breuvages.  Nous avons hâte d’y arriver….  Vous avez bien deviné, c’était fermé. Ce fut donc noix, fruits séchés et eau pour combler le petit creux dans nos estomacs. 

L'heure du pique-nique
Nous arrivons à Aumont-Aubrac à 13h30, sans avoir reçu une goutte de pluie.  C’est notre jour de chance.  Nous nous installons au gîte « Les sentiers fleuris » et puis nous nous dirigeons vers un restaurant, même avant de prendre une douche. 

Au souper, nous retrouvons autour de la grande table la petite famille américaine qui ne parle pas français et un couple de Montréal qui était aussi à Le Sauvage.  Le propriétaire nous prépare de l’aligot, spécialité de l’Aubrac.  Il s’agit d’une purée de pomme de terre mélangée avec une sorte de fromage (tome fraîche) vieux de 4 à 6 jours  à laquelle il ajoute de l’ail cuite et de la crème.  C’est servi avec de la saucisse. Ouf! Que c’est riche.  Le propriétaire nous fait les gros yeux parce que nous n’avons pas tout mangé.  Le vin est en abondance et aide à faire descendre l’aligot dans nos estomacs.  A la fin de la soirée, je monte les escaliers en titubant pour rejoindre notre chambre. Trop de vin? Fatigue? 

Le propriétaire prépare l'aligot